Le mouvement surréaliste et ses principes.

Le mouvement surréaliste, issu du mouvement dada, apparaît tout de suite après les découvertes de Freud et semble être un courant de révolte, autant politique, philosophique, artistique que littéraire et poétique. Il connaît son apogée dans l’entre-deux-guerres, sous l’impulsion d’André Breton et de son groupe constitué entre autres de Paul Eluard, Robert Desnos, Louis Aragon, Raymond Queneau, Michel Leiris et Philippe Soupault.
Ce serait réduire la portée du surréalisme que de le ranger simplement dans l’histoire de la littérature ou même celle de l’art. En effet, dès l’origine, on peut prendre comme point de départ la publication par Breton, en 1924, du premier Manifeste du surréalisme, qui explique l’activité du groupe. L’activité du groupe surréaliste se donne pour but non pas tant de produire des œuvres originales que de construire une nouvelle vision du monde où s’aboliront les cadres de pensée mutilants de la civilisation occidentale, dont la Première guerre mondiale a consacré la faillite : les oppositions réel/imaginaire, pensée/action, esprit/matière, conscient/inconscient (et nous nous rapprochons dès lors de la psychanalyse), rationnel/irrationnel ainsi que la coupure entre l’art et la vie prennent toute leur place dans leur réflexion.
Une des revendications majeures de ce groupe est que soit accordé à ses productions tant linguistiques (poésie, littérature) que plastique (peinture, sculpture, cinéma…), le statut de l’expérimentation scientifique, seule capable de changer à la fois le monde, l’homme et la conception que l’homme a du monde.
Cet effort légitime aussi bien l’appropriation de la pensée de Rimbaud que de Freud, qui, pour les surréalistes, ont tous les deux ouvert la voie pour une réconciliation de l’homme avec lui-même.

les méthodes surréalistes

Dans son Manifeste du surréalisme, André Breton donne cette définition de la création surréaliste : « Automatisme psychique pur par lequel on se propose d’exprimer soit verbalement, soit par écrit, soit de toute autre manière, le fonctionnement réel de la pensée. Dictée de la pensée, en l’absence de tout contrôle exercé par la raison, en dehors de toute préoccupation esthétique ou morale. »
Ici apparaît nettement la volonté d’éliminer de la façon la plus radicale et la plus complète toute intervention de la raison, corrompue par la civilisation, ses règles, ses principes, dans un acte d’expression qui vise uniquement et en premier lieu, le retour aux profondeurs de l’inconscient. Selon Breton toujours, il s’agit de maintenir à l’état anarchique la « bande chaque jour plus redoutable de nos désirs », en vue de s’appartenir entièrement.
Les hommes ont toujours cherché la clé qui mène à l’inconscience. Rimbaud disait même que « Je » est un autre. Plus particulièrement, les surréalistes, dans la littérature et la poésie, se livrent à une écriture automatique, libre de toute contrainte, soit dans la solitude, soit en collectivité. Ils tentent par tous les moyens de se rapprocher toujours plus près de l’inconscient, de se dégager de la manière la plus complète possible des barrières de la raison, en écrivant dans un état de semi conscience, le plus proche possible de l’état d’inconscience du sommeil.
Les Champs magnétiques est un ouvrage de poésie écrit par André Breton et Philippe Soupault en mai et juin 1919 et qui met en application la technique de l’écriture automatique : les textes y sont écrits sans aucune réflexion, à différentes vitesses, sans retouche ni repenti. Les textes sont assez courts, une à deux pages en général, et en prose évidemment. Certains poètes, dont Eluard, se faisaient par exemple réveiller en pleine nuit et écrivaient immédiatement, dans les secondes qui suivaient leur réveil. André Breton ajoute que pratiquer le surréalisme ne permet pas de le délaisser à tout moment. Il semblerait agir sur l’esprit tel un stupéfiant : il créerait un état de besoin qui pourrait pousser l’homme à de terribles révoltes. Il en va pour l’homme de ces images surréalistes comme de ces images de l’opium (utilisé par certains poètes) qui « s’offrent à lui, spontanément, despotiquement. Il ne peut pas les congédier ; car la volonté n’a plus de force et ne gouverne plus les facultés ».

AJOUTER LE CADAVRE EXQUIS ICI

c) surréalisme et psychanalyse

A première vue, les surréalistes semblent être en accord parfait avec les théories de Freud sur l’inconscient.
D’ailleurs Breton, dans son Manifeste, dit clairement « il faut rendre grâce aux découvertes de Freud ». Par là, le lien entre le mouvement artistique et la science est clairement établi. Les méthodes d’écriture automatique pratiquées chez Freud comme chez les surréalistes les rapprochent encore.

Ils croyaient chacun à l’existence d’un inconscient dont il s’agit de prendre connaissance pour se connaître soi-même, et cela au moyen de la libre association pour Freud, ce qui revient à l’écriture automatique pratiquée par les surréalistes.
De plus, ils accordaient tous les deux une grande importance aux rêves et à l’écriture automatique, qui donnent le meilleur accès qui soit à l’inconscient.
Robert Desnos, par exemple, dans une démarche entièrement surréaliste, a fait des récits de ses rêves, ce qui dévoile de façon brute, une partie de ses profondeurs inconscientes. Le rêve, à l’état brut est producteur d’images insolites, la jonction de plusieurs réalités qui s’entrechoquent et créent la poésie, la nouveauté.
Quant à Freud, toute son expérimentation se base essentiellement sur un travail sur les rêves, les siens, comme ceux de ses patients. Certains rêves marqueront d’ailleurs des tournants dans ses recherches, comme « l’injection faite à Irma ».
Cependant, leur vision de l’inconscient les fait diverger. En effet Freud le voyait comme constitué d’automatismes, de pulsions, de désirs qui agissent à notre insu sur nos comportements et peut donner lieu à des névroses. Cette conception est fondamentalement opposée à l’art étant donné qu’elle ne laisse aucune place à la création, à la réflexion et ne peut s’accorder avec celle des surréalistes qui avaient foi en un inconscient créateur d’images poétiques, nouvelles, uniques, libérées de toute convention rationnelle, politique ou sociale.
L’inconscient semble être pour eux une source de beauté qui jaillit de l’écriture, il aurait donc une dimension artistique. D’autre part, les surréalistes ne répondent pas de leur inconscient, ils cherchent par tous les moyens, comme on l’a vu, à s’absenter de la conscience. Ils vouent un culte sans réserve à cet inconscient qu’ils considèrent comme la voie de la liberté, de la poésie, de la nouveauté.
Aussi, pour eux, moins la conscience sera présente, plus la création sera belle et neuve. Mais n’oublions pas que l’esthétique ne doit pas être recherchée, car cela entraînerait forcément l’intervention de la conscience. L’inconscient seul est producteur d’art.
Et Freud de nouveau les désapprouve. Selon lui, la partie consciente doit pouvoir répondre de la partie inconsciente. Effectivement, lors d’une analyse, la personne utilise sa conscience pour éclairer les messages de son inconscient.
Enfin, pour Freud, il n’y a pas de création si la partie consciente de l’artiste est absente, inexistante.
Nous pouvons donc observer que si les surréalistes s’inspirent des découvertes freudiennes, ils se différencient et s’éloignent bien des théories rationnelles. Nous remarquons donc que, comme dans toute l’histoire de l’art, les courants artistiques ont toujours ou presque, été en lien direct avec les découvertes de la science, ce qui est le cas pour les surréalistes.

Pour finir, ces derniers s’inscrivent finalement dans la tradition des artistes qui ont cherché à atteindre d’autres états de conscience, qui ne sont pas forcément l’inconscience, pour « sortir des barrières de la raison » et créer des choses nouvelles.
Citons par exemple Baudelaire, Verlaine… Les surréalistes ont donc apparemment une démarche similaire à celle de leurs prédécesseurs mais ont en plus la connaissance de l’inconscient.

Récits de reve :

1)
2)
3) AppolinaireL’hérésiarque
France   1902
Genre de texte 
nouvelle
Contexte
Le rêve se situe quelques pages seulement après le début de la nouvelle.
Le narrateur rencontre Benedetto Orfei, dit l’hérésiarque, qui lui raconte comment est survenue sa «conversion illuminatrice». Un jour qu’il s’était occupé fort longtemps de l’hypostase (le mystère des personnes de la Divinité), un refrain s’est imposé à lui durant sa prière, au moment de se mettre au lit («le refrain divin»). Un rêve est alors à l’origine de son «hérésie». Ce rêve est suivi d’une vision dans son sommeil, au cours de la nuit suivante.
Texte témoin
L’hérésiarque et cie, Paris, Stock, 1910, p. 60-62.
Le refrain divin chanta dans mon âme jusqu’à l’heure où je m’endormis. Mon sommeil fut profond, et le matin, à l’heure des songes véridiques, je vis le ciel ouvert. Parmi les chœurs des hiérarchies d’Assistance, d’Empire et d’Exécution, et plus hauts que le chœur des Séraphins, qui est le plus élevé, trois crucifiés s’offrirent à mon adoration. Ébloui de la lumière qui entourait les crucifiés, je baissai les yeux et vis la troupe sainte des Vierges, des Veuves, des Confesseurs, des Docteurs, des Martyrs adorant les crucifiés. Mon Patron, saint Benoît, vint à ma rencontre, suivi d’un ange, d’un lion, d’un bœuf, tandis qu’un aigle volait au-dessus de lui. Il me dit : «Ami, souviens-toi !». En même temps, il dressa sa main droite vers les crucifiés. Je remarquai que le pouce, l’index et le majeur de cette main étaient étendus, tandis que les deux autres doigts étaient repliés. Au même instant les Chérubins agitèrent leurs encensoirs, et un parfum, plus suave que celui du plus pur des encens minéens, se répandit dans l’air. Je vis alors que l’ange escortant mon saint Patron portait un ciboire d’or, d’un travail admirable. Saint Benoît ouvrit le ciboire, y prit une hostie, qu’il divisa en trois parties, et je communiai triplement d’une seule hostie, dont le goût devait être plus exquis que celui de la manne que savourèrent les Hébreux dans le désert. Une musique ravissante de luths, de harpes et autres instruments célestes, tenus par des Archanges, se fit entendre et le chœur des Saints chanta :
Ils étaient trois hommes
Sur le Golgotha,
De même qu’au ciel
Ils sont en Trinité.
«Je m’éveillai. Je compris que ce rêve était un événement grave dans ma vie et pour les hommes. L’heure à laquelle il s’était produit ne me laissait guère de doute sur la véracité d’un tel songe. Néanmoins, comme il renversait les croyances sur lesquelles repose le christianisme, j’hésitai à en faire part au pape.

CONCLUSION :

Pour conclure, si l’inconscient mis à jour par Freud agit à notre insu sur nos actions quotidiennes, il passe pour le seul et unique responsable du mécanisme du rêve.
Les rêves, messages codés de notre « ça », nous renseignent sur nous-mêmes, sur cette partie de nous dont nous n’avons aucune conscience et qu’il est si difficile de s’approprier. C’est ce travail d’appropriation de soi-même qui s’effectue lors d’une analyse. Lors de séances de psychanalyse, les rêves peuvent avoir leur place, puisqu’ils donnent un accès privilégié à l’inconscient. Le récit qu’en fait l’analysant donne autant d’information que le rêve lui-même, et le processus de libre association d’idées permet de mettre à jour une partie de ses significations, d’en découvrir les mécanismes et les pensées latentes.

Les surréalistes avaient retenu des découvertes de Freud l’existence de cet inconscient et lui ont voué une sorte de culte qui s’éloigne quelque peu de la pensée rationnelle de Freud. Ils se le représente comme le plus libre et le plus créateur de tous les poètes et vise une absolue absence de la conscience afin de laisser la place le plus possible à leur partie inconsciente. Ils accordaient eux aussi une importance capitale aux rêves qui apparaissent souvent comme une source de création, une réserve d’images, ô combien libres et poétiques !
Ainsi va de leur révolte face à la civilisation barricadée, à la pensée dénaturée, le rêve, comme traduction de l’inconscient, semble être une arme pour la liberté.

Enfin, étant donné que nos travaux se penchent essentiellement sur l’étude des rêves, nous nous somme demandé s’il existait des états similaires, sur le point de vue de la conscience, à celui du rêveur.
Nous nous sommes donc aperçues que l’état d’hypnose se rapprochait de l’état de rêve. En effet en hypnotisant, on obtient tout un aspect de la vie psychique qui n’était pas conscient, tout comme dans le rêve. On peut observer également que parfois, certaines formulations ont des effets spectaculaires sur les symptômes.

Par exemple, une femme paralysée, après un entretien sous hypnose ramène dans le langage tous les refoulements à l’origine de sa paralysie et fait cesser les symptômes. L’hypnose est donc l’ancêtre de l’association libre : La première idée qui vient est la bonne mais une suggestion est toujours nécessaire. Le problème de l’hypnose, c’est que l’on parvient à l’état d’inconscience mais on ne sait finalement pas quoi en faire, puisque les effets de la suggestion sont toujours temporaires et disparaissent au moment de la reprise de conscience.



Laisser un commentaire

Spiralée |
La Voûte Etoilée |
Attala Blog |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Les chroniques d'Astéria
| Espace zen Pour des échange...
| Poèmes et images de mon coeur